Simulation sur l’épargne et le décaissement pour la retraite

Dans l’optique de proposer de la consultation aux particuliers en janvier, je me suis confectionné un programme. L’outil permet de savoir dans quel compte enregistré nous devrions investir et la façon qu’on devrait décaisser les sommes. C’est de loin le plus gros projets sur lequel j’ai codé de A à Z. Être le développeur de ce projet a sans aucun doute grandement accéléré le processus, car je n’ai pas eu à expliquer à quelqu’un tous les scénarios possibles sans parler de l’optimisation qui est derrière. Avant de vous donner un aperçu, passons par les hypothèses utilisés pour optimiser le résultat.

HYPOTHÈSES

Il y a beaucoup d’hypothèses alors je ne vais pas tous les nommer, ce n’est pas le but de l’exercice. Chose importante à savoir, mes montants sont toujours en dollars réels (dollars ajustés pour l’inflation). De cette façon, on peut comparer les montants placés à 45 ans et ceux décaissés à la retraite lors de ses 85 ans par exemple.

-Mon individu s’appelle John, il a 45 ans.
-Il détient 90K$ de REER et 40K$ de CÉLI. Il a en réserve 55K et 35K de cotisations REER et CELI non utilisées;
-Il a un salaire de 75K$, il désire épargner 12.5K$ par année ajusté pour l’inflation jusqu’à sa retraite;
-Il désire avoir un revenu équivalent à un salaire brut de 50K$ par année;
-Il prendra sa retraite et sa rente du Québec à 60 ans. Il aura droit à 80% de la rente maximale selon son âge;
-Il obtiendra un rendement réel de 4% en emploi et 2% à la retraite;
-John prévoit vendre sa maison à 75 ans et il pense qu’il obtiendra 250K$ en dollar d’aujourd’hui de celle-ci;
-Le décès de John surviendra à la 95e année.

COMMENT FONCTIONNE L’OUTIL?

Après avoir lancé une première fois mon programme, j’obtiens environ 50K résultats. Le système cherche par tous les moyens d’optimiser la situation de John. Si les économies sont suffisantes pour permettre à la personne de maintenir son rythme de vie jusqu’à 95 ans, le système calcule la succession, c’est-à-dire le montant disponible pour les héritiers en considérant l’âge du décès. Il est bien beau d’estimer une retraite jusqu’à 120 ans, mais rendu à ce stade, la succession sera un enjeu plus important que la durée de la retraite. Léguer un REER n’a pas la même implication fiscale que de léguer un CÉLI, c’est à prendre en considération. Dans mon exemple, on verra que la succession égale 0. Cela implique que les économies ne suffisent pas à se rendre jusqu’au moment du décès.

TRIER LES SIMULATIONS

Je fais sortir les résultats dans un Excel. Je classe les résultats en ordre décroissant selon le nombre d’année que John pourra vivre de ses économies (colonne B). J’obtiens des résultats allant de 89 ans à 94 ans. En utilisant intelligemment les comptes enregistrés, on ajoute jusqu’à 5 ans pour une retraite d’environ 30 ans. C’est énorme! D’où l’importance de bien choisir ses comptes enregistrés et de bien les décaisser. Ici, comme il n’y a pas de succession (colonne F), je vais prendre une simulation dont la colonne B est égal à 94 et je vais ensuite sélectionner celle qui a généré le plus de revenu pour la 94e année (colonne G).

Je sélectionne mes facteurs d’optimisation (« Margins » | colonnes C, D et E) et je relance le programme spécifiquement pour cette situation.

Regardons comment John doit placer son argent lorsque qu’il est en emploi.

Le système décide qu’il est préférable pour John de placer majoritairement ses avoirs dans le REER jusqu’à 18.75K$, car son taux d’imposition est élevé par rapport à son taux d’imposition à la retraite et le montant en REER n’est pas problématique à décaisser. Comme John n’a plus assez d’espace REER à ses 54 ans, on utilise une plus grande combinaison de REER et CELI.

Allons voir comment se passe le décaissement.

Voici le chemin proposé par l’algorithme. John va décaisser assez de REER pour avoir un revenu imposable d’environ 40K$ puis il va compléter avec le CELI.

À partir de 75 ans, L’argent de la maison est placé dans le compte non enregistré par mesure de simplification. Dans la réalité, John pourra évidemment remplir son CELI avec l’argent de sa maison. J’effectue cette simplification aussi pour ne pas pouvoir mettre trop d’argent dans le CÉLI. 30 ans de cotisation à 6K$ chacune ajouté au 75.5K$ déjà disponible… on pourrait mettre 255.5K$ dans son CÉLI et on n’en pas encore pris en compte la création d’espace par les rendements! Je me permets d’être un peu plus conservateur ici.

Une bonne façon de savoir si on a un scénario optimal est de regarder les dépenses d’impôt chaque année. Dans un système fiscale progressiste comme le notre, on veut que l’impôt à payer sur l’horizon de décaissement soit approximativement le même. Dans cette simulation, on un impôt assez stable durant l’horizon particulièrement entre 60 et 82 ans.

Avec les hypothèses utilisées, John a de l’argent pour sa retraite jusqu’à 94 ans. Une révision des hypothèses sera nécessaire pour s’assurer de leurs réalismes, mais le résultat pourrait être tout juste suffisant pour combler ses besoins. Sinon, John pourrait, par exemple, épargner un peu plus, prendre sa retraite 1 an plus tard ou réduire légèrement son train de vie pour avoir un plus gros coussin de sécurité.

LE TRAVAIL NE SE LIMITE PAS À PESER SUR « PLAY »

Le programme est là pour guider nos décisions. Par contre, il est pratiquement impossible que ce scénario étalé sur près de 50 ans (45 ans à 95 ans) survienne pour vrai. D’où l’importance de regarder plusieurs scénarios performants. Si on a un scénario qui vous fait investir tout dans le CÉLI et puis qu’un autre vous fait investir tout dans le REER, on doit se poser davantage de question. Si le système prend toujours une route très similaire (maximisation du CÉLI ou du REER) alors on obtient une solution qui risque d’être viable dans la vraie vie et pas uniquement dans un « laboratoire ».

TENTER DE PRÉDIRE LE RÉSULTAT VA VOUS RENDRE FOU

Si on observe plus attentivement le décaissement, quelqu’un pourrait dire qu’on aurait dû « étirer » davantage les REER lors du décaissement pour en retirer jusqu’à 93-94 ans pour avoir un résultat optimal. Après tout, pour avoir un décaissement optimal, il faut égaliser l’impôt à travers le temps non? Pourtant, décaisser un REER quand on a 18K$ de revenu ou 40K$ équivaut au même taux marginal. Par contre, avoir plus de fonds dans le CÉLI amène plus de flexibilité de décaissement et on diminue le risque de succession. L’algorithme a raison contrairement à ce qu’on aurait pu penser en regardant uniquement la ligne d’impôts.

Le nombre de variable à prendre en compte est élevé. À l’exception des situations très simples, personne n’est capable de donner une réponse claire sur un coup de tête. Notre cerveau n’est pas fait pour analyser des problèmes aussi complexes. C’est comme demander à quelqu’un de calculer mentalement le résultat d’un investissement sur 54 ans à un rythme annuel de 12%. Avec la règle de 72, on pourrait approximer que le résultat double aux 6 ans (72/12 = 6) et que le montant devrait doubler 9 fois (54/6). Cela implique qu’un investissement de 1$ devrait valoir 512$ (2^9). La réalité est plutôt 455 fois. On obtient 12.5% d’écart (512/455 -1) entre une approximation et la réalité alors qu’on a que 2 variables soit le rendement et l’horizon de placement. Maintenant, imaginez avec des dizaines et des dizaines de variables! Il faut se rendre à l’évidence, la machine est meilleure que nous pour effectuer les calculs.

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4 commentaires sur “Simulation sur l’épargne et le décaissement pour la retraite

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  1. Super intéressant d’avoir cette optique au Québec sur l’optimisation de la stratégie de decaissements. Avez-vous l’intention d’allier celle-ci à des stratégies de decaissements plus sophistiquées qu’un retrait annuel indexé à l’inflation? Par exemple utiliser une stratégie comme le « Prime Harvesting » de concert avec une stratégie de decaissements variables comme le « Delta Prime » ou « Extended Mortality Failure Percentage »? Ca demande plus de résilience d’avoir des retraits variables, mais réduit le risque survivre à nos placements. C’est un sujet qui m’intéresse beaucoup.

    1. Bonjour Christian,

      C’est un point intéressant que vous amenez.

      J’ai créé le programme principalement pour mieux estimer les montants nécessaires à la retraite ainsi que l’allocation qui devrait être effectué entre le REER, CÉLI et non enregistré.

      Les différents éléments que vous mentionnez font plus référence à de la gestion de portefeuille. « Comment mieux décaisser les actifs actuels (plutôt que les comptes) pour en tirer le maximum. En d’autres mots, ces stratégies tentent de maximiser le rendement obtenu avec un montant donné. On peut potentiellement rehausser l’hypothèse de rendement à la retraite pour tenir compte de cet aspect si on le souhaite. C’est un peu arbitraire j’en conviens, mais faut avouer que c’est moins long que d’ajuster tout un programme 😉 Je serais frileux d’inclure ce genre de règle directement dans le programme. Certaines règles me semblent parfois trop « sample specific ». On peut tout optimiser, mais il faut s’assurer que le résultat soit robuste! Je le vois comme un coussin de sécurité pour le retraité si les diverses règles fonctionnent réellement.

      Un autre élément qui est complexe à analyser est la RRQ. J’avais fais un article « sommaire », mais je ne pense pas avoir fait le tour de ce sujet. https://lejournalduninvestisseur.com/2021/09/25/a-quelle-age-prendre-sa-rente-du-regime-des-rentes-du-quebec/

      Bref, il y a toujours place à l’amélioration!

  2. Super comme outil !

    Je prendrai ma retraite l’année prochaine et j’essaie de trouver un bon plan de décaissement sans avoir recours à un fiscaliste… Pas évident :((

    Avez-vous pris connaissance de l’outil de Julie sur son blog La planification de votre retraite, CalculRetraite?

    C’est le seul que je connaisse.. En connaissez-vous d’autres? Références?
    Merci du retour.

    1. Bonjour,

      Oui, je connais l’outil de Julie, on peut même voir sur le site que j’avais commenté sous mon prénom (Anthony) en 2019 lorsque l’Excel de base était accessible gratuitement. C’est un peu ce qui m’a motivé à créer mon programme 2 ans plus tard. Je trouvais l’idée intéressante, mais l’utilisation d’Excel pour effectuer tous les calculs rendait la chose difficile à suivre et qui n’avait pas assez de flexibilité à mon goût.

      Je connais les outils de retraite Québec (https://www.retraitequebec.gouv.qc.ca/fr/services-en-ligne-outils/simulr/Pages/simulR.aspx)

      C’est tout ce que je connais pour les particuliers. Les autres logiciels se vendent à des conseillers financiers/planificateur financière et coûtent plusieurs milliers de dollars par année. À ce prix, c’est mieux de consulter pour sa situation que de vouloir faire tout soi-même.

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