Consommons pour consommer? Réponse à un article de La Presse et leçon de Frédéric Bastiat

Alors que je naviguais calmement sur Facebook, je suis tombé sur un partage d’un article de La Presse par Save Long and Prosper. L’article parle de déconsommation. On entend par la potentiellement utiliser des biens de seconde main par exemple. Voici un passage de l’article qui m’a fait sursauter:

Tout cela est encourageant, mais une baisse marquée de la consommation provoquerait des conséquences économiques, notamment sur les finances publiques (moins de taxes perçues, hausse du chômage) et nuirait à la relance post-pandémie. Alors doit-on se sentir coupable de passer en mode déconsommation ? ai-je demandé à Eric Noël.

– La Presse (Marie-Eve Fournier)

Ce genre de question/commentaire n’est pas propre à l’auteure ou le journal, c’est monnaie courante. Aucune rancœur envers vous madame Fournier. Par contre, je dois dire que ça me fait toujours un peu grincer des dents. J’ai eu un parcours en économie et l’argument de ce type revient sans arrêt lorsque certains débats s’échauffent. « Un économiste qui est contre l’économie? « Moi qui croyais qu’ils se nourrissaient uniquement de PIB! » Je crois simplement que ces réflexions sont trompeuses. Beaucoup de gens profiteraient de certaines lectures de Frédéric Bastiat.

QUI EST-IL?

Frédéric Bastiat est un économiste libéral français. Né en 1801 et décédé en 1850, il est particulièrement connu pour avoir été un fier défendeur du libre échange et de la concurrence. Il a été dans les premiers économistes à se soucier davantage du consommateur plutôt que du producteur. Il est parfois cité pour défendre des idées libérales, voire libertariennes. Par exemple, Ronald Reagan, avait mentionné Bastiat, von Mises, Hayek et Hazlitt comme ses économistes préférés. Les sujets de prédilection de cet économiste s’adaptent merveilleusement bien à un sujet comme celui traité dans l’article de La Presse.

Bastiat avait un certain sens de l’humour. Il aimait tourner au ridicule les commentaires de politiciens ou de groupes d’intérêt. Le processus de réflexion est tellement tourné au ridicule qu’on se sent souvent contraint d’abdiquer.

UN SENS DE L’HUMOUR HORS NORME ET UNE LOGIQUE FRACASSANTE

Par exemple, dans un de ses ouvrages, Bastiat raconte l’histoire d’un enfant qui aurait lancé une roche dans le carreau d’une fenêtre la faisant exploser en mille morceaux. Le propriétaire frustré doit dorénavant remplacer sa fenêtre. Un passant lui dit qu’il ne devrait pas être frustré, mais plutôt s’en réjouir, car grâce au petit garçon, il devra dépenser pour réparer sa vitre. Cet argent reçu par le vitrier sera ensuite dépensé pour acheter d’autres biens et ainsi de suite. Nous avons ainsi un impact positif sur l’économie!… N’est-ce pas?

Pensez-y. Si l’exemple du vitrier était vrai, on devrait encourager les gens à saboter la propriété des autres. Cette mentalité tient la route dans la tête des gens simplement parce que le processus économique est nébuleux. Dans une économie à une seule personne, cette mentalité est facilement démontrable comme étant contre-productive. Si je construis une maison et que ensuite je la détruis, je m’appauvris. J’ai perdu mon temps à construire ma maison et potentiellement des matériaux. En aucun cas on pourrait dire que « l’économie », qui est représentée par une seule personne, est plus riche.

UN LÈGUE DE BASTIAT

Le « sophisme de la vitre cassée » ou le sophisme de destruction comme j’aime l’appeler revient fréquemment sous diverses formes. Les guerres sont bonnes pour l’économie, remplacer des emplois improductifs ou bien arrêter de dépenser pour des biens inutiles est néfastes pour l’économie. Acheter un bien inutile revient au même que de le détruire. On demande à « l’économie » de créer un bien pour finalement ne pas l’utiliser. « L’économie » aurait pu prendre ces ressources pour créer quelque chose de plus pertinent pour le consommateur. Si on décide de fabriquer un objet, on ne peut pas en fabriquer un autre. C’est ce qu’on appelle un coût de renonciation. Un concept majeur en économie qui va jusqu’à atteindre la finance.

L’ÉCONOMIE EST UNE MACHINE ADAPTATIVE

Cela peut sembler une question stupide, mais quel est le but de l’économie? À mon sens, l’économie est là pour offrir un pouvoir d’achat aux consommateurs pour qu’ils puissent transiger des biens. L’objectif du consommateur n’est pas nécessairement d’accumuler du pouvoir d’achat. Son objectif est de maximiser son bonheur (ou son utilité comme dirait les économistes) ce qui est une nuance importante. Son bonheur peut passer par l’augmentation de son pouvoir d’achat, mais ce n’est pas pour autant automatique. Son pouvoir d’achat est acquis grâce à la renonciation de ses loisirs. En d’autres termes, il doit travailler plutôt que de faire ce qu’il a « réellement » envie. Pour certaines personnes, plus le pouvoir d’achat augmente, moins ils veulent travailler, car ils sont saturés de leur argent. C’est le cas des médecins où une augmentation de salaire peut parfois diminuer les heures travaillées. Quel est l’intérêt d’une 3e Mercedez quand on peut plutôt utiliser son temps comme bon nous semble? Une réaction tout à fait logique.

Est-ce que réduire notre consommation de biens inutiles ferait mal à l’économie? Premièrement, il faut souligner que beaucoup de bébelles inutiles sont fabriqués à l’extérieur du Canada. En théorie, réduire les biens importés est une bonne nouvelle pour l’économie du Canada et du Québec. Deuxièmement, beaucoup de gens vont simplement déplacer leur consommation. Ils vont prendre leur argent pour acheter quelque chose qui les rend plus heureux. Si le bien est canadien/québécois, on améliore le bonheur et notre économie. Si le bien « remplaçant » est importé, on améliore notre bonheur. On est gagnant à chaque fois, car on a minimalement un gain de bonheur! La décision de déconsommer n’impacte pas significativement les années en emploi pour 90-95% de la population.

L’IMPACT DU MOUVEMENT FIRE (« LES RETRAITÉS PRÉCOCES »)

« D’accord, mais que fais-tu du chômage et des revenus fiscaux si les gens diminuent leurs heures de travail dû à la déconsommation »?

Pour la fiscalité, si c’est vraiment ce que les gens souhaitent, on va trouver un moyen d’aller chercher des revenus de façons équitables! C’est l’équivalent de dire qu’il ne faudrait pas effectuer une transition énergétique parce que l’essence contient beaucoup de taxes qui paient pour les routes…quel mauvais argument. On peut simplement déplacer les taxes ailleurs tout en gardant le gain environnemental des voitures électriques. Pourquoi ne pas déplacer les taxes et garder le gain de bonheur par une réduction des heures travaillées si ce que les gens souhaitent?

Pour le chômage, l’impact est incertain. Oui, on consomme moins (moins d’emploi disponible), mais certains arrêtent de travailler (plus d’emploi disponible). Le résultat final n’est pas évident à cerner.

Le mouvement FIRE n’est qu’une variante extrême d’une personne qui prend sa retraite à 64 ans plutôt que 65 ans. À revenu d’emploi égal pour chaque année travaillée, quelqu’un qui prend sa retraite à 64 ans sera moins imposé qu’une personne qui travaille jusqu’à 65 ans. La personne qui travaille jusqu’à 65 ans aura généré plus de revenu au cour de sa vie (plus d’impôts), aura consommé davantage (plus de taxes) et aura potentiellement moins de temps pour décaisser ses REER à un taux d’imposition favorable (plus d’impôts). Devrions-nous interdire la retraite avant 65 ans pour « le bien de l’économie »?

L’économie se doit d’être au service des besoins de la population et non l’inverse. À quoi bon avoir un PIB élevé si au final on ne peut pas faire ce que l’on veut de notre vie? Lorsque j’effectue des optimisations, je dois fréquemment me demander « qu’est-ce que je dois optimiser? » Une question qui peut sembler stupide, mais qui est très importante pour trouver le bon résultat. Par exemple, maximiser les ventes ou minimiser les coûts d’une entreprise maximisent que très rarement les profits de celle-ci. La question se pose: que voulons-nous optimiser en tant que société? Maximiser le PIB ou notre bonheur collectif?

Le journal d’un investsseur
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