Gestion des risques – le hedging et le cross-hedging

LE HEDGING, LA COUVERTURE DANS UN MONDE PARFAIT

Le hedging, appelé couverture en français, est une technique importante de gestion des risques. La couverture a pour but d’éliminer ou réduire l’exposition à un risque en prenant une position inverse dans un actif financier identique à notre position.

Par exemple, un fermier qui fait pousser du blé connait une incertitude au niveau de son prix jusqu’au moment où un client achète la commodité. En termes financier, on va dire que le fermier est « long » le blé c’est-à-dire qu’il a une exposition positive au blé. Si le prix du blé augmente entre la récolte et la vente, le fermier est heureux, car il a plus d’argent dans ses poches. À l’inverse, si le prix du blé chute, il sera déçu du prix obtenu.

Pour réduire son risque, le fermier pourrait décider de prendre une position « short » dans un futures de blé. La position short a une exposition négative au blé. Le futures fonctionne exactement comme si un client achetait son produit. On détermine le prix, puis le fermier devra livrer son blé à l’acheteur du futures. Le fermier sécurise pour la totalité ou une portion de sa production sur les marchés financiers.

J’ai abordé la situation du producteur de blé, mais la situation est exactement l’inverse pour un producteur de farine. Le producteur de farine est « short » le blé, car une augmentation de la commodité a un impact négatif sur l’entreprise. Son intrant devient plus coûteux. Le producteur de farine va prendre une position longue dans le futures pour se couvrir.

Au final, l’agriculteur et le producteur se rencontrent sur les marchés financiers en établissant un prix d’avance pour limiter leurs risques respectifs. Tout le monde est heureux et ils eurent beaucoup d’enfants 😉

LE CROSS-HEDGING, LA COUVERTURE DANS LE MONDE RÉEL

C’est bien beau les histoires qui sortent d’un livre d’école (ou d’un compte de fée), mais la réalité c’est qu’il existe beaucoup de risques qui ne peuvent pas être couverts parfaitement grâce aux futures. C’est encore plus vrai pour les consommateurs, car ceux-ci ont des moyens limités comparativement aux grosses entreprises. Si je voudrais acheter une voiture, une maison ou un voyage, comment puis-je me couvrir?

La réponse est qu’on ne peut pas avoir un une couverture parfaite grâce à des actifs financiers d’où l’intérêt du cross-hedging. Le cross-hedging, la couverture croisée en français, a l’objectif de réduire les risques en prenant une position inverse dans un actif avec une forte corrélation à notre position. je simplifie un peu les choses, mais c’est à peu près ça.

Si je reviens à mon exemple précédent, un fermier qui n’a pas accès à des futures de blé pourrait utiliser des futures de maïs. Il s’agit de 2 commodités qui réagissent à des facteurs similaires. La couverture n’est pas parfaite parce qu’un des 2 actifs pourrait monter plus que l’autre, mais une bonne partie des risques est couverte.

LE CROSS-HEDGING POUR LE PARTICULIER

Êtes-vous du genre de personne à se plaindre des hausses du prix de l’essence? Si oui, j’ai une solution pour vous. Prenez une partie de votre argent et placer un peu de votre argent dans un producteur pétrolier et/ou un détaillant d’essence. Une hausse du prix à la pompe vous coûtera tout de même plus cher, mais votre portefeuille croîtra aussi de l’autre côté. De quoi vous réjouir de la hausse du prix à la pompe 😀

Dans le cas d’une personne qui désire devenir propriétaire d’une maison et qui veut couvrir une partie de sa mise de fonds, on pourrait très bien investir une partie du portefeuille dans des REITs (Real Estate Investment Trusts) résidentiel qui ont une grande portion de leur portefeuille immobilier au Québec (de préférence). Si vous voulez construire une maison neuve et que les prix des matériaux vous rendent nerveux, vous pourriez investir une partie de vos fonds dans un grossiste qui profite de l’activité du marché immobilier neuf. Il y a beaucoup de possibilités.

le cross-hedging n’a pas le but d’être parfait. Ainsi, mettre 100% de son montant prévue pour un achat dans un actif corrélé peut ne pas faire de sens. Il y a quand même un risque que l’actif corrélé chute dû à un facteur qui n’affecte pas l’autre actif. Cette situation peut arriver même quand on pense que l’actif est quasi parfaitement corrélé!

Par exemple, Jean-Paul, un citoyen américain et propriétaire d’une compagnie de camionnage, achète des futures de pétrole pour l’année pour se couvrir contre ses achats quotidiens d’essence. Le lendemain, le gouvernement américain décide d’augmenter la taxe sur l’essence de 0.50$ le litre pour combattre les changements climatiques. Le pétrole chute de façon importante sur cette nouvelle annonçant une transition énergique plus rapide. Au net, le citoyen payera dans la prochaine année 0.25$ de plus son essence dû à la taxe de 0.50$ et la baisse du pétrole équivalent à 0.25$. Jean-Paul se retrouve à payer plus cher son essence de 0.25$ (taxes – baisse du prix du pétrole) tout en ayant subi une perte sur sa couverture à la hauteur de 0.25$. Ici, la taxe de 0.50$ est un facteur qui affecte de façon inverse le prix de la pompe et le prix du pétrole. La couverture qui semblait parfaite, ne l’était pas tout à fait. Au final, Jean-Paul payera l’équivalent de 0.50$ de plus pour son essence de l’année alors que sans couverture il aurait payé 0.25$ supplémentaire. La couverture a amplifiée la perte!

Bref, le choix de l’actif qui sert de couverture est important!

COMMENT RÉDUIRE SES RISQUES?

Il existe d’autres façons de réduire ses risques que par les marchés financiers. C’est beaucoup plus simple en plus! 😉

On peut:

Commander d’avance: prenez des ententes avec les producteurs/vendeurs pour geler votre prix. Vous pouvez aussi stocker les biens qui peuvent l’être. Cette technique donne le même résultat qu’une couverture parfaite!

Éliminer son exposition: changer son véhicule à essence pour un véhicule électrique pour ne plus se soucier du prix du pétrole.

Réduire son exposition: réduire sa consommation d’alcool diminue votre exposition à la hausse du prix de celui-ci. Pas évident en temps de déconfinement, je sais!

POUR TERMINER: FAUT-IL TOUT COUVRIR?

Réponse courte, non il ne faut pas tout couvrir. Les couvertures peuvent engendrer des coûts à l’implantation. Aussi, la couverture réduit votre risque, mais réduit aussi votre possibilité de gain. Si vous geler votre taux hypothécaire en prenant un taux fixe, mais que celui-ci chute de 1% dans la prochaine année, vous n’aurez pas droit à la réduction de taux. La couverture est une assurance. Vous ne vous assurez pas pour toutes les catastrophes imaginables. Le principe est le même ici.

Le journal d’un investisseur
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