Contre-argumentaire d’une vidéo de Ben Felix sur la sélection de titres

La sélection de titres (ou stock picking en anglais) est le fait de sélectionner soi-même les titres de son portefeuille plutôt que d’acheter un fonds indiciel ou acheter un fonds géré par des professionnels. De ce que j’en vois, la sélection de titres est de plus en plus controversée, de moins en moins appréciée et de plus en plus démonisée. Je pense qu’il y a une part de vérité dans tout ça. Si on n’a aucune compétence financière, on ne devrait pas toucher à la sélection de titres. Dans cette situation, la gestion passive est la voie toute tracée.

Le youtubeur canadien, Ben Felix, est un ardant défenseur de l’investisseur passif et il est souvent cité pour souligner sur les réseaux sociaux qu’il est inutile de faire de la sélection de titres. J’apprécie beaucoup les sujets qu’il aborde, mais je ne peux pas dire que je sois 100% avec lui sur tout les sujets et le « stock picking » en fait partie. Je me base sur cette vidéo qu’il a fait pour son argumentaire. Si vous voulez parfaitement comprendre l’argumentaire, je vous invite à visionner la vidéo si vous ne l’avez pas déjà fait.

Je vais tout de même commencer avec les points dont je suis d’accord pour détendre l’atmosphère :

1. Le stock picking n’est pas fait pour une majorité de gens. Si on n’y connait pas grand chose à l’investissement, on est mieux d’y aller avec une stratégie passive. Dans mon cas, je fais du stock picking, car je juge que j’ai le parcours académique pour le faire. Je me distincte facilement de la masse dans ce sens. Le stock picking est un jeu où 50% des participants vont perdre de l’argent. Si quelqu’un fait une transaction profitable, l’autre participant doit obligatoirement faire une transaction qui ne l’est pas. Par définition, si on incorpore aucun frais, environ 50% des participants devraient faire moins bien que la moyenne et si on ajoute des frais, moins de 50% des participants risquent de surperformer le marché. Cela en fait quelque chose de difficilement recommandable à une majorité d’investisseur…par définition.

2. Le risque non systématique n’est pas récompensé par le marché. Qu’est-ce que le risque non systématique au fait? On peut l’appeler le risque de concentration. C’est une portion de la volatilité qui n’est pas expliquée par des facteurs connus entre autres comme le bêta du marché, le facteur valeur ou le facteur de taille. En moyenne, je pense qu’effectivement le risque non systématique n’apporte aucun rendement et c’est très logique. Ce n’est pas parce qu’on est plus concentré qu’on fait plus de rendement.

3. Les gens pensent qu’ils sont meilleurs qu’ils le sont. Les biais émotifs ou cognitifs sont fréquents. Il ne faut pas simplement avoir confiance en ses capacités, il faut être capable d’être objectif avec ses compétences. Il suffit de quelques bons coups pour que certains pensent qu’ils sont le prochain Warren Buffet.

4. Les gens sont irrationnellement trop concentrés dans certains titres. L’exemple des employés qui reçoivent de l’équité de leur employeur est un bon exemple. Le bémol est je dirais qu’ils sont loin d’être des professionnels de la finance. Il s’agit de monsieur et madame tout le monde et ainsi il est très possible qu’il s’agisse simplement d’une mauvaise décision financière. Il ne s’agit pas nécessairement de gens qui sélectionnent des titres normalement.

The Illusion Of Diversification: The Myth Of The 30 Stock Portfolio
plus on augmente le nombre de titres avec une corrélation inférieure à 1 dans un portefeuille, plus on diminue la volatilité de celui-ci (tant que la volatilité de l’actif ne soit pas trop élevé)

Attaquons nous aux points dont je ne suis pas d’accord :

1. « Les prix sont aléatoires. » Je suis d’accord que les prix journaliers sont aléatoires, mais je ne suis pas prêt à dire qu’ils sont totalement aléatoires. Comme le dit si bien Peter Lynch : « Stocks are not lucky tickets, there is a company behind every stock. » Si on le prend mots pour mots, les fondamentaux n’auraient aucune importance, car les titres seraient purement aléatoires…ce qui n’est pas le cas, car c’est prouvé que certaines caractéristiques expliquent le rendement du marché comme le beta du marché. Si on recule d’un pas, on comprend qu’il avance que le marché est efficient. Selon la théorie des marchés efficients, un individu ne devrait pas être capable d’obtenir un rendement supérieur au marché avec un même risque et après frais. Personnellement, je crois que le marché est correctement efficient. Que dans son ensemble, il est efficient, mais qu’il y a des poches d’inefficience. Si vous pensez que le marché est parfaitement rationnel, par la bande, vous pensez que Tesla a toujours été correctement évalué et que la bulle technologique des années 2000 était totalement rationnel aussi. Le paradoxe de Grossman et Stiglitz montre en quelque sorte qu’un marché ne peut pas être parfaitement efficient. Ben Felix avait abordé ce paradoxe avec The Plain Bagel dans cette vidéo. Les agents cherchent des compagnies parce qu’ils pensent qu’ils peuvent en dégager un bénéfice. Si le marché est parfaitement efficient, les agents arrêteront leurs recherches pour sélectionner des titres aléatoirement ou investir grâce à un indice passif…ce qui va créer des poches d’inefficience et ainsi favoriser la sélection active. Il s’agit d’un équilibre. Personne ne travaille gratuitement. Je ne crois pas que le marché se régule tout seul et que personne n’y gagne quelque chose.

2. « Il est irrationnel de faire de la sélection de titres. » Sélectionner des compagnies permet de se positionner à des risques peu présents dans un portefeuille indiciel. On peut orienter son portefeuille vers les risques qu’on désire plus facilement (valeur, taille, beta, etc.) qu’en utilisant un portefeuille indiciel. Ce n’est pas parce que mes rendements sont presque exclusivement expliqués par des facteurs qu’il est inutile de faire de la sélection de titres. Si ces facteurs ne sont pas facilement accessibles, il peut être intéressant de faire de la sélection de titres.

3. « Un résultat favorable de stock picking est uniquement attribué à la chance. » Dans mon cas, lorsque j’achète un titre, j’ai plusieurs scénarios. Un scénario positif, moyen et négatif. Je ne prétends pas que je prévois l’avenir. Il y a simplement des événements qui sont plus probables d’arriver. Si quelqu’un est capable d’avoir raison 55-60% du temps et que quand il a tord, qu’il ne le soit pas affreusement, il est probable que l’investisseur dégage un profit intéressant.

4. « Quelqu’un qui fait du stock picking est trop confiant (overconfident) et a un biais d’illusion de contrôle (illusion of control)« . Si on pense que le marché est parfaitement efficient, effectivement, c’est la conclusion qu’on doit tirer. Si on enlève cette hypothèse, on peut avoir quelqu’un sans ces biais qui fait de la sélection de titres. Les gestionnaires de portefeuille ont de la difficulté a généré un rendement supérieur, car ils ont des frais élevés à couvrir, ils ont beaucoup d’actifs à gérer ce qui accentue les frais indirectes comme l’augmentation du prix lors des achats due au fort volume transigé et l’obligation de se diversifier dans un certain nombre d’actifs. Aussi, forcément, en agrégé, les gestionnaires actifs font moins bien que les investisseurs passifs, c’est mathématique. Par contre, je pense qu’il peut y avoir des opportunités qui peuvent se présenter de temps en temps dont les petits investisseurs peuvent profiter en faisant de la sélection de titres.

5. « Seulement 4% des titres surperforment une obligation à long terme sur la durée de vie du titre, donc il est très probable de choisir un perdant. » Le problème est que malgré que 4% des titres surperforment, il n’est pas clair s’il est facile ou non d’identifier ces firmes. C’est un peu comme dire à un recruteur de joueurs de hockey professionnel que ça ne sert à rien de rechercher des talents, il n’y que 0.001% des gens qui termineront dans la LNH! La réalité c’est qu’il y a beaucoup de signes qui montrent qu’un joueur ira jusqu’à la LNH. Suffit de regarder les ligues les plus fortes de chaque pays ou provinces/états et vous rétrécirez beaucoup vos recherches. Pour moi, cette information est incomplète pour tirer une conclusion.

6. On ne doit pas faire de stock picking parce que nous avons des biais, mais le marché est efficient et sans biais. Le marché est constitué des participants. Pour moi, il est insensé de croire qu’un marché peut être assez efficient pour que la sélection de titres ne soit jamais une option alors qu’on passe 10 minutes à expliquer pourquoi on ne devrait pas faire de stock picking à cause de nos biais. Pour moi, cela montre que quelqu’un qui a peu de biais cognitifs ou émotifs devrait faire du stock picking, car il a un grand avantage par rapport aux autres investisseurs. En règle général, la sélection de titres fait du sens si on pense qu’on a moins de contrainte que la majorité des participants du marché (quantité d’actifs, biais, pression des paires, etc.)

Bref, ceci n’est que mon avis, vous n’avez évidemment pas l’obligation de la partager. Tout le monde est libre de faire ce qu’il veut avec son argent. Pour terminer, je soulignerais qu’il est probablement beaucoup plus difficile de surperformer si votre indice est très liquide et très scruté par des professionnels comme le S&P 500. Je pense que si on regarde au niveau des petites capitalisations canadiennes, par exemple, on a déjà plus de chance d’avoir des entreprises qui sont potentiellement mal évaluées par le marché, car elles sont moins surveillées et moins liquides.

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2 commentaires sur “Contre-argumentaire d’une vidéo de Ben Felix sur la sélection de titres

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  1. Très intéressant comme article. Dans mon cas, je fais un peu des deux. FNB indiciel (TSX, S&P, NASDAQ), et quelques titres solides (TD, CNR, MSFT). Et ca fonctionne très très bien….:-).
    Évidemment, au début, je tradais comme un fou, mais un moment donné tu te brule les ailes en perdant gros, et tu réalises qu’a la fin de l’année tu as 2-3 milles $$ en frais de courtage. Après ma première année à la bourse (frais de commissions à 29$ dans l’temps), je me suis assagit en réalisant cela.

    1. J’ai une approche similaire. Une partie indicielle et je gère la portion investi au Canada en sélectionnant les titres. J’ai vu une citation cette semaine de Ray Dalio « Knowing when not to bet is as important as knowing what bets are probably worth making. » Parfois ne « rien faire » est la meilleure solution!

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