Retirer son REER de façon opportuniste

1$ n’a pas toujours la même valeur selon sa provenance.

La valeur réelle de votre argent dépend de l’origine du revenu et de votre taux d’imposition.

Pour une personne qui gagne 80 000 $ par année, 100$ de revenu brut vaut environ :

  • 64$ si c’est un salaire
  • 64$ si c’est un retrait REER
  • 84$ si c’est un dividende déterminé
  • 82$ si c’est un gain en capital
  • 100$ si c’est un retrait CELI

J’ai toujours crû qu’à long terme, les revenus les moins imposés sont les plus précieux. Par défaut, on sous-entend que le dollar marginalement gagné dans un REER est moins intéressant que dans un compte non-enregistré, car le compte non-enregistré est fiscalement avantageux avec les gains en capital imposé à 50% du taux d’imposition marginal effectif (TEMI) versus le retrait REER pleinement imposé.

Ce n’est pas totalement faux, mais j’ai réalisé que ce n’était pas totalement vrai non plus. Pour comprendre, il faut analyser le décaissement d’un REER.

Retrait CELI ou REER?

Votre TEMI actuel et futur est de 40 %. Imaginez que vous deviez retirer de l’argent de votre REER ou de votre CELI. Lequel choisir ?

Avec ces hypothèses, cela n’a aucune incidence sur votre patrimoine après impôt.

On pourrait dire que le REER devrait être privilégié, car conserver le CELI offre plus de flexibilité. En gardant davantage d’argent dans le CELI, on fait croître un capital à l’abri de l’impôt (comme dans le REER), mais cet espace est aussi réutilisable après un retrait, puisqu’il n’est pas perdu.

À l’inverse, on pourrait favoriser le CELI, justement parce que l’espace n’est pas détruit. Dès que l’on dispose de liquidités supplémentaires, on peut le réutiliser. Mais, en phase de décaissement, avons-nous réellement des revenus excédentaires suffisants pour profiter de cet espace libre? La question mérite réflexion.

En définitive, le TEMI actuel a peu d’importance dans cette décision. L’élément clé est plutôt votre TEMI futur, car c’est lui qui permettra de prendre la meilleure décision possible aujourd’hui… et c’est ce qui rend l’exercice difficile.

Optimiser l’impôt à payer du REER, toujours la bonne chose à faire?

Votre TEMI actuel est de 40 %, votre REER vaut 1M$ et vous prévoyez que votre TEMI futur sera de 50 %. Vos besoins de liquidités sont déjà comblés par d’autres sources de revenus. Devriez-vous retirer votre REER à 40 % et transférer l’argent dans un CELI ou compte non enregistré ? Puisque le taux actuel est inférieur à celui prévu dans le futur, cela pourrait sembler être le bon moment pour le faire.

La vraie réponse : ça dépend.

Si vous pensez avoir trop d’espace CELI et que vous pensez jamais l’utiliser via des liquidités excédentaires, , alors oui, retirer les sommes du REER à un taux de 40% est la chose à faire. Vous payez de l’impôt aujourd’hui à 40%, mais pour éviter toute imposition future.

psst: cette logique s’applique aussi en moindre mesure aux gains en capital latents.

Pour le transfert à un non-enregistré, on peut se limiter à 3 grandes questions:

  • Pendant combien de temps comptez vous continuer à investir ces sommes?
  • Quelle sera la nature des revenus de placements non enregistré.
  • Quel est votre rendement anticipé

Au final:

  • Plus votre horizon de placement est long
  • que vos revenus seront des gain d’intérêt plutôt que des gains en capital reportables dans le temps
  • que vous avez un rendement anticipé élevé

Plus vous préférez garder votre REER au détriment du décaissement fiscal « optimal » du REER pour ensuite investir dans un compte non-enregistré.

Analysons les différents scénarios

Prenons un cas extrême : votre TEMI actuel est de 26 %, et vous prévoyez qu’il sera de 50 % à l’avenir. Devriez-vous retirer votre REER maintenant pour investir dans un compte non enregistré ?

Supposons que votre horizon de placement soit de 25  ans et que vous anticipiez un rendement annuel de 7 % en revenu d’intérêt. Malgré un écart d’imposition très favorable en faveur d’un retrait immédiat, la réponse est non.

Pourquoi ? Parce que votre REER vous offre un levier fiscal. L’argent qui y dort est brut: il n’a jamais été imposé, puisque le gouvernement vous a remis l’impôt au moment de votre cotisation. Quand vous retirez du REER, vous transformez cet argent brut en argent net… ce qui implique de payer de l’impôt.

Payer de l’impôt aujourd’hui plutôt que demain, quand on cherche à maximiser son patrimoine net d’impôt est rarement optimal. De plus, si vos placements génèrent des intérêts ou des dividendes chaque année, le REER vous permet de repousser l’imposition et de faire croître votre capital à l’abri de l’impôt.

Ainsi, quelqu’un qui a:

  • un horizon de placement de 25 ans
  • compte faire 7% par année
  • Que des gains en capital reportable
  • un TEMI actuel de 40% et un TEMI future de 50%

On préfère quand même conserver le REER pour reporter l’impôt à payer, même si les placements à l’extérieur généreraient que des gains en capital reportés. La décision de garder le REER devient un no-brainer si vos placements génèrent uniquement des revenus d’intérêt, puisque l’avantage fiscal du report est alors maximal.

Et encore là, mes hypothèses pour le compte non enregistré sont généreuses.

  • Je ne considère pas les dividendes reçus (si on a des gains en capital reportés, c’est qu’on investit généralement dans des actions)
  • reporter les impôts pendant 25 ans dans le compte non-enregistré est certainement possible, mais cela pourrait être difficile.

Retrait REER ou gain en capital?

Vous avez un TEMI de 40 % et vous avez besoin de 10K$ de liquidités. Deux options s’offrent à vous :

  1. Déclencher 12.5K$ de gains en capital latents provenant d’un produit financier qui ne verse aucun dividende ou intérêt.
  2. Retirer 16.66K$ de votre REER.

En théorie, cela ne change pas grand-chose. Le gain en capital latent n’est pas encore imposé, un peu comme l’argent d’un REER. Dans les deux cas, vous profitez d’un report d’impôt. Oui, le retrait du REER déclenche plus d’impôt immédiatement, mais l’argent transféré dans un compte non enregistré sera ensuite moins imposé. Mathématiquement, tout s’équilibre.

Mais cette conclusion repose sur une hypothèse clé : vous pouvez retirer vos sommes à 40%. Or, si vous avez un REER de 1M$, vous êtes assis sur une bombe fiscale. C’est là que la décision prend une autre dimension : l’impact sur votre revenu imposable et les tranches d’imposition peut faire varier votre facture fiscale réelle de façon importante.

L’impact sur le revenu imposable

Pour les gains en capital, si vous retirez 50K$, le fisc ne considère que 25K$ de revenu imposable, mais vous gardez 40K$ de liquidités dans vos poches.

Pour un retrait REER, pour obtenir le même 40K$ dans vos poches, vous devez retirer 66.6K$, ce qui génère 66.6K$ de revenu imposable.

Autrement dit, l’impact sur votre déclaration de revenu est beaucoup plus élevé pour chaque dollar dans vos poches provenant d’un REER comparé à un gain en capital. C’est pourquoi il est beaucoup plus simple de générer des grosses liquidités, comme 40K$, via des gains en capital, sans trop affecter votre revenu imposable, contrairement à un retrait REER. L’idée de comparer un retrait REER et un gain en capital au même TEMI devient donc très théorique.

Pensez simplement à l’impact d’un revenu imposable de 25K$ versus 66.6K$ sur vos prestations gouvernementales. Avec ce type de retrait, avec deux enfants en bas âge, on peut potentiellement parler de 2.4K-4K$ de différence en faveur du gain en capital. Ouch! ça peut faire mal les retraits REER au mauvais moment!

  • Dans la réalité, si l’on a besoin de beaucoup de liquidités, les gains en capital permettent d’accéder les sommes à un TEMI effectif plus faible tout en maintenant les allocations gouvernementales. Toutefois, on gonfle notre bombe fiscal associé au REER,
  • Plus tard dans notre vie (enfants majeurs), mais pas trop tard non plus (avant de recevoir la PSV), sera probablement le moment idéal pour sortir les REER comme notre horizon de placement diminue du même coup.

Conclusion

Malgré que le REER soit une vraie bombe fiscale, le report d’impôt est tellement puissant qu’il reste généralement préférable au compte non-enregistré sur le très long terme (20-30-40 ans) et ce même si on assume un TEMI plus élevé plus tard. À très court terme (1-2 ans), favoriser les sorties efficaces de REER/gains en capital en termes de TEMI est généralement une bonne idée, surtout si l’écart de TEMI est significatif, car la valeur du report d’impôt est minimale.

Décaisser son REER préentivement, c’est-à-dire, quand on n’a pas un besoin de liquidité, à un TEMI faible est intéressant surtout si vous avez de l’espace CELI disponible que vous pensez jamais utiliser dans le futur. Sinon, l’impôt futur du compte non-enregistré a de très grandes chances de vous rattraper et rendre le tout pas intéressant.

Les gains en capital peuvent être utilisé pour minimiser son revenu imposable et continuer à différer l’impôt du REER. À long terme, Même si l’on paiera beaucoup d’impôt à sa sortie, le REER est très souvent préférable au compte non-enregistré à cause du report d’impôt.

Le journal d’un investisseur

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