Chaque année, il s’agit d’un rituel. Le blogue fêtera sa sixième revue des marchés. C’est le moment de l’année pour réfléchir aux bons et mauvais coups. Une étape cruciale si l’on veut progresser. Je continue à faire des erreurs, mais depuis 3 ans, j’en ai grandement limité leurs impacts. Je le dois probablement à ces revues de marché et le temps que je prends à simplement réfléchir à ce que je peux faire de mieux.
Rendement de l’année

Se fut une autre grosse année en termes de rendement. Alors que VEQT avait livré 25% l’année dernière, l’exploit continue avec un rendement de 20.4% cette année.
La superformance des marchés internationaux plutôt que le marché américain est généralement une bonne nouvelle pour ma performance relative comme je tends à sous-pondérer les États-Unis et cela été le cas cette année. Le S&P 500 en dollars américains a réalisé 17.9%, la dépréciation du USD face au CAD a fait mal aux investisseurs canadiens investissant aux États-Unis. La paire de devise a commencé l’année à 1.44 pour terminer à 1.37.
Nous avons été choyiez dans les trois dernières années. La performance VEQT, soit le marché global, a été de 20.7% sur 3 ans. (2023: 17%, 2024: 24.9%, 2025: 20.4%). Lorsque les marchés mondiaux montent énormément, il y a forcément des segments qui deviennent explosifs sous l’excitation des investisseurs. Il ne faudrait pas trop s’y habituer ni être complaisant.
Les marchés haussiers transforment tout le monde en génie….et je m’inclue là-dedans.
L’état du marché américain
L’année dernière, j’écrivais sur le marché américain: « Un marché cher peut devenir encore plus cher avant de retourner sur terre. » Même si le marché américain a sous-performé, il a quand même continuer de progresser à un bon rythme. Les valorisations sont maintenant à des sommets historiques s’approchants de la bulle technologique si l’on utilise le Shiller Ratio qui considère les profits des 10 dernières années.
La valeur est de 40.3 en 2025 (37.1 en 2024)

pareil avec un P/E traditionnel se situant à 31 (28.2 l’année dernière).

L’intelligence artificielle en 2025
Je dirais qu’il y a trois types d’investisseur:
- l’investisseur qui voit le potentiel de l’intelligence artificiel et est complaisant avec les valorisations actuelles
- Les personnes qui pensent que l’intelligence artificielle ne sera pas aussi gros qu’on le dit
- Les personnes bullish sur l’intelligence artificielle, mais apeuré des valorisations
Je suis cette troisième personne. Il est naïf de penser que les gains réaliser par l’intelligence artificielle le seront uniquement par les compagnies qui jouent explicitement dans ce segment. Un peu comme l’internet aujourd’hui, à peu près toutes les entreprises y sont adaptées dans les 10-20-30 années qui ont suivi. Certains segments sont plus propices à connaître des gains de productivité dans les prochaines années.
Les gagnants d’aujourd’hui de l’intelligence artificiel sont principalement ceux qui construisent l’infrastructure numérique, tout comme ce l’était dans les années 1995-2000. Je m’attends à voir cette création de valeur se déplacer au fils des ans tout comme c’est arrivé avec l’internet. Les gagnants de demain ne seront pas forcément les gagnants d’aujourd’hui.
L’engouement pour la bourse continue
L’engouement des investisseurs pour le marché boursier n’est peut-être pas encore à son apogée, mais il me semble de plus en plus grand.
- On prend les années 1999 comme point de référence pour une valorisation « normale »
- On tente de justifier (de façons farfelues) les valorisations actuelles
- On prend de plus en plus souvent le ratio forward P/E plutôt que le traditionnel ratio P/E. Le premier considère les profits futurs alors que le second les produits réalisés. Le forward P/E est moins conservateur que le P/E traditionnel, car on assume que les profits projetés seront effectivement réalisés. La moyenne des analystes peut se tromper royalement dans certaines situations.
- On assume des croissances toujours plus élevés pour le long terme…comme si la compétition n’existait plus.
- plusieurs segments sont dans la zone rouge tels que les titres quantiques et les titres sur le nucléaire. Les semiconducteurs sont assurément un jaune vif. Peut-être pas parce que les valorisations sont démentiels, mais plutôt parce que je doute que leurs profits soient soutenables à long terme.
Toutefois, il est rare que l’entièreté du marché soit dans une bulle. Par exemple, Berkshire Hathaway de Warren Buffett avait réalisé une performance respectable entre 2000 et 2002 malgré les rendements négatifs du S&P 500. Comme quoi, même dans les périodes de hautes valorisations des indices, il peut y avoir des opportunités ailleurs. C’est ce que je ressens de mon côté. Je ne sens pas que mes compagnies soient en territoire de bulle.
| Année | Berkshire Hathaway (BRK) | S&P 500 TR |
|---|---|---|
| 2002 | -3.8% | -22.1% |
| 2001 | +6.5% | -11.9% |
| 2000 | +26.6% | -9.1% |
| Rendement annualisé sur 3 ans | +9% | –14.6% |
Une année extraordinaire
Dans les deux dernières années, j’avais légèrement dépassé les rendements des indices, mais elle était grossièrement la même sur deux ans. Cette année, la magie a opéré.
Un rendement annuel qui dépasse toutes les attentes. La source de mon succès est assurément multiple cette année, mais il vient principalement d’une petite compagnie dont personne n’a jamais entendu parlé. J’avais pris une petite position en 2024, celle-ci a flanché en 2025 et j’en ai rajouté. Le titre a été multiplié par 3 en 2025 et ma position par 4 grâce à un bon point d’entrée. Une nouvelle preuve qu’il n’est pas nécessaire d’investir dans les titres populaires du moment pour obtenir de solides rendements.
En 2025, les seules transactions que j’ai effectué a été de vendre un peu de mes très bonnes compagnies pour acheter davantage les compagnies extraordinaires déjà en portefeuille.
En bref, mon année se résume à:
- 1 grand changement
- 1 petit changement
Je n’ai acheté aucun nouveau titre en 2025. Cela montre bien que nous n’avons pas besoin de prendre beaucoup de décisions pour connaître du succès. Après quelques années à raffiner et à faire plusieurs changements, je crois avoir trouver mon « sweet spot ».
Les leçons de cette année
Ce que je réalise est que la croissance est généralement le plus déterminant dans l’atteinte de rendement extraordinaire. Comme le dit Peter Lynch:
Coca-cola a multiplié ses profits par 30x en 30 ans et le prix est maintenant 30 fois plus haut. ce n’est pas compliqué à comprendre.
Votre rendement réalisé est fonction de:
- les dividendes et rachats d’actions réalisé pendant votre détention
- la croissance des profits
- La différence de multiple entre ce que vous avez payé à l’achat et ce que le marché est prêt à payer lors de votre vente.
En une ligne:
Total Return (%) = Dividend Yield (%) + [EPS growth (%) + ΔEPS Multiple (%)]
Vous obtiendrez rarement un rendement extraordinaire via le dividend yield parce que tout le monde le voit, mais cela peut être un beau complément pour le rendement total sur plusieurs années.
Pour obtenir des rendements extraordinaires, le choix évident est de:
- viser une grosse croissance; ou
- une forte expansion de multiple.
Les investissements extraordinaires offrent autant de la croissance que de l’expansion de multiple. À mon avis, les investisseurs purement croissance oublie souvent l’importance de la valorisation.
Si vous pensez qu’un titre peut croître de 15% par année tout en se revendant au même multiple, vous ferez un rendement total de 100% sur 5 ans (15% par année).
Si vous trouvez une même compagnie avec la même croissance, mais qui se vend 2x plus cher dans 5 ans, vous réalisez 300% de rendement (32.1% par année). Même si la croissance avait été de 10% plutôt que 15%, le rendement aurait été de 222% (26.4% par année).
L’idée n’est pas d’acheter une compagnie en se disant que sa valorisation va monter. On doit investir pour le long terme et le marché nous récompensera avec le temps. Dans les faits, sur le long terme, nous n’avons pas besoin que la valorisation double. Cela serait favorable, mais aucunement nécessairement.
Sur un horizon de 5 à 10 ans, l’apport de la valorisation est substantiel. Ce genre d’apport se retrouve peu souvent dans les méga-cap dû aux prix élevés d’aujourd’hui. Toutefois, dans les petits titres, les opportunités sont bien plus fréquentes. Après, l’enjeu des petites compagnies est de passer les critères de qualité et profitabilité.
Pour mon portefeuille, je ne fais pas beaucoup de changement, parce que peu de compagnies rencontrent mes critères. Je souhaite généralement une forte croissance, un fort gain potentiel de valorisation, une compagnie profitable avec des avantages concurrentiels conséquents et je dois comprendre extrêmement bien la compagnie.
You only have an opinion on a few things. In fact, I’ve told students if when they got out of school, they got a punch card with 20 punches on it, and that’s all the investment decisions they got to make in their entire life, they would get very rich because they would think very hard about each one
Warren Buffett
Une évolution de mon style
Je dirais que mon style a évolué, comme il évalue un peu chaque année. Même si mes titres ne rentrent pas tous dans la même catégorie, avant, j’aimais beaucoup les compagnies extrêmement robustes avec des « moats » (avantages concurrentiels) substantiels et un long historique. Malgré que j’aime encore ces compagnies, elles répondent parfois moins aux critères de croissance élevé et expansion de multiple élevé. C’est le genre de compagnie que je pense fera très bien dans le futur via leur croissance de profit modéré et distributions aux actionnaires. J’en ai encore en petites quantités. Mais ce n’est peut-être pas suffisamment bien pour mes ambitions. Je dois investir mon capital là où il rapportera le plus.
Ainsi, mon style a évolué vers des compagnies que l’on pourrait juger un peu plus risqué. Valorisation peut-être un peu plus élevé qu’avant, mais une croissance beaucoup plus élevée. À mon avis, le moat de mes compagnies est très solide, toutefois, ils n’ont peut-être pas l’historique aussi complet que mes autres compagnies mieux établies. Le moat est encore à développer via la croissance en quelque sorte. Ce qui peut expliquer la valorisation relativement faible. La taille de la compagnie peut aussi expliquer une valorisation plus faible.
Je vise des compagnies robustes plus tôt dans leur cycle de développement. Je fais un pas vers le cycle de « launch » qui permet d’avoir une croissance future plus intéressante et peut-être plus longue.

Avant: « X » bleu
Maintenant: Dans un monde idéal, au « X » Rouge. Toutefois, je suis prêt à attendre pour être certain que ma thèse d’investissement soit crédible.
Le rythme de vie s’accélère avec l’âge
Un peu comme mes compagnies qui ont une plus grande vélocité, ma vie aussi s’accélère.
En 2023, je n’avais qu’à m’occuper de moi dans mon 4 1/2 à 865$ par mois que je partageais avec ma conjointe.
En 2024, j’ai emménagé dans ma maison. Je suis « fièrement » devenu le plus endetté de mon entourage…avec l’entretien qui vient avec.
En décembre 2025, c’est l’arrivée d’un petit garçon qui a bouleversé mon quotidien. Je peux facilement comprendre des couples qui se font aspirer dans un nouveau mode de vie. On ne dépense plus pour soi, mais pour son petit bout’chou. Les excès n’auront jamais été aussi facilement défendables.
Entre le début de la vingtaine et la fin de la trentaine, nos responsabilités grandissent, chacun à notre propre rythme, et nos options se resserrent. Pendant que ma vie s’accélère, mon portefeuille en fait de même et poursuit sa route. Et parfois, comme cette année, il avance plus vite que ce que mon épargne seul est capable d’accomplir.
Un jour, comme mon enfant, il n’aura plus besoin de moi pour grandir.
Le journal d’un investisseur
Merci beaucoup pour ce partage encore une fois, j’adore te lire . Félicitations pour ton couple d’être devenu parents.
Pour moi les fnb et la patience sont les meilleurs option pour une réussite.
Merci Jean-François. Je pense aussi que pour l’écrasante majorité des gens les FNB sont la meilleure approche. C’est peut-être moins sexy que des titres individuels, mais ça fonctionne extrêmement bien. Petit train va loin.